HI 0023. Le roman du café. Pascal MARMET.

Résumé :

 

Note de l’auteur.

 

 

J’aime le café.

  Selon l’humeur, j’en suis à plusieurs par jour avec des pics de consommation que je refuse de relever.

  Comme le métier d’écrivain est un projet de chaque instant, les cafés sont devenus mes lieux de travail. Sur un coin de table, j’écris, j’observe, j’annote les décors, les personnes qui m’entourent et les scènes inaudibles qui s’y jouent.

 

  À la terrasse du sauvignon située au carrefour des saints-Pères et de la rue de Sèvres, je griffonnais.

  Ce bar parisien aux portraits de copains épinglés sur les murs et aux enseignes d’antan m’émeut. Pendu à un pylône, un texte sur un écriteau défraîchi insuffle la douce philosophie de ce bistrot couleur sépia : « Le prix attire la clientèle, la qualité seule la retient. »

 

  Ce matin au ciel cappuccino, un jeune homme s’est figé sur le trottoir entre le soleil et moi. D’un geste incertain, il a plié sa canne blanche et s’est installé à mes côtés.

Avait-il senti ma présence ? Peut-être pas.

 

  Il était plutôt grand, du genre beauté canaille qui s’ignore, cheveux sombres bouclés et rebelles, nez droit et narines hispaniques, barbe naissante et drue, mains d’artistes et doigts de diva, épaules larges et long cou, yeux couleur miel et cils courbes.

Son regard était fixe, comme égaré.

  Sa mâchoire mâchouillait énergiquement une « chose » qu’il tournait sans cesse, objet non identifié qui s’entrechoquait entre ses dents.

  La main levée, il a commandé un ristretto et une boule de glace au parfum café.

 

  D’un coup, son visage s’est déformé. Dans le silence, il a pleuré entre ses longs doigts pour contenir un cri d’effroi. D’une main nerveuse, il a avalé « quelque chose ». Comme soulagé, il a souri aux anges et commandé cinq expressos à la suite.

  Le doigt dressé, il a apostrophé le serveur, tendu une paume pleine de pièces et s’est levé brusquement en dépliant sa canne blanche. Comme s’il avait le diable aux trousses.

 

En rasant les murs, deux rues plus loin, il est entré dans un immeuble.

 

Sur sa table, il y avait un grain de café oublié. C’était donc cela qu’il mastiquait sans répit.

 

De cette non-rencontre, un personnage « fou de café » a pris graine.

 

 

 

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