R 0081. J’irai cracher sur vos tombes. Vernon SULLIVAN.

Résumé:

Publié en août 1946 à la suite d'un pari, J'irai cracher sur vos tombes, signé par un certain Sullivan, allait connaître à la fois succès et scandale. Boris Vian était censé l'avoir traduit de l'américain.

L'éditeur Jean d'Halluin écrivait dans la prière d'insérer : « J'irai cracher sur vos tombes, le premier roman de ce jeune auteur que nul éditeur américain n'osa publier, dénonce en des pages d'une violence inouïe et dont le style est égal à celui des grands prédécesseurs que sont Caldwell, Faulkner et Cain, l'injuste suspicion réservée aux Noirs dans certaines régions des Etats-Unis...

 

Cette conception de la vie des adolescents américains est une peinture âpre, empreinte d'un érotisme cruel et total, qui fera sans doute autant de scandale que les pages les plus osées de Miller. »

En effet, six mois plus tard, le Parquet ouvrait une information sur plainte du Cartel d'action sociale et morale qui « estimait que le roman de Vernon Sullivan pouvait inciter les adolescents à des actes de débauche... »

A l'heure du procès, en 1950, J'irai cracher sur vos tombes (1) battait les records de vente !

Sous le même pseudonyme, le romancier fit publier, en 1947, Les morts ont tous la même peau et, en 1948, Elles se rendent pas compte et Et on tuera tous les affreux. La célébrité était acquise à Vernon Sullivan au détriment de Boris Vian, victime de son propre jeu. Les cinq romans qu'il signa de son vrai nom ne connurent pas le succès immédiat.

 

1. Que les Editions Famot, diffusées par François Beauval, publient dans leur collection Eros.

Vercoquin et le Plancton, un roman « plein des souvenirs de la joyeuse adolescence » fut mis en vente en 1946. L'année suivante parurent tour à tour L'écume des jours « le plus poignant des romans d'amour contemporains » (Raymond Queneau) et L'automne à Pékin. L'écrivain constatait non sans amertume que ses vrais romans restaient ignorés tandis que triomphait J'irai cracher sur vos tombes. « C'est tuant de traîner avec soi ce qu'on a été avant », écrit-il dans L'herbe rouge (1950). Edité en 1953, L'arrache-coeur est le dernier de ses romans que l'écrivain a vu paraître.

L'oeuvre de Boris Vian comprend encore des pièces de théâtre : L'équarrissage pour tous, Les bâtisseurs d'empire et Le goûter des généraux. Mais aussi des traductions, des poèmes et deux essais qui témoignent de son amour pour le jazz : En avant la zizique... et par ici les gros sous et Le manuel de Saint-Germain-des-Prés. Parmi ses oeuvres posthumes, ne manquons pas de citer son premier roman, Troubles dans les Andains, écrit en 1943, publié en 1966, qui suscita l'admiration de Jean Rostand et de Raymond Queneau.

Bien que la littérature fût son activité principale, Boris Vian, homme infatigable, exerça de multiples activités : il fut ingénieur, trompettiste, critique musical, journaliste, compositeur, inventeur, scénariste, chanteur, acteur et directeur artistique. Il se consacra avec la même ardeur aux automobiles, à l'ébénisterie, à la sémantique, à la science-fiction et aux mathématiques !

Faut-il rappeler qu'il fut l'une des figures les plus connues du Saint-Germain-des-Prés « existentialiste » ?

Il mourut le 23 juin 1959, âgé de 39 ans seulement.

 

Ce génial mystificateur nous laisse une oeuvre à l'image de sa jeunesse et de son dynamisme, animée tantôt par le tragique, tantôt par le canular et où se mêlent le sadisme, la candeur et la fantaisie. Une oeuvre éclatante de générosité et de poésie qui depuis plusieurs années a pris sa revanche sur l'incompréhension des lecteurs de naguère. Un nouveau public assure légitimement le succès posthume de ses livres.

Comme le remarque fort justement Jacques Nègre : « Par sa vie et par son oeuvre, l'auteur de L'écume des jours reflète si bien la jeunesse de son époque - matérialiste et désintéressée, technicienne et sensible, froidement lucide mari impatiente de vivre - que les jeunes ne s'y sont pas trompés ; ils ont reconnu en Boris Vian le véritable écrivain qui, aujourd'hui, triomphe enfin de Vernon Sullivan. »

 

 

 

 

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