Résumé.
J’aurais pu, à travers les pages de mon essai, décrire l’expérience des écrivains ivoiriens, marocains, libanais, mais aussi canadiens, suisses, belges et montrer selon quels procédés, parfois violents, l’institution littéraire française s’est attachée à leur rappeler que la littérature était une expression nationale. Et que n’appartenant pas à la nation française, ils ne pouvaient appartenir à sa littérature. Que devient alors la langue que tous ces écrivains ont en partage ? Je crois que lorsque ce partage n’est pas reconnu ou reconnu par exotisme, folklorisme, créant ainsi des sous-ensembles touristiques de la littérature française, créant cette monstruosité ethnocentrique qu’est la francophonie, la langue devient un objet de lutte. Tantôt instrument politique d’infériorisation, de marginalisation, d’exclusion, tantôt instrument d’affirmation, de résistance, d’émancipation. Cette ambivalence, je crois que les écrivains algériens en ont fait et continuent d’en faire l’expérience jusqu’au paroxysme. Parce que, à la différence de la Côte d’Ivoire, du Maroc, du Liban, mais aussi du Canada, de la Suisse, de la Belgique, l’Algérie fut française. En ce sens l’Algérie représente, pour moi, un cas limite fascinant. La mise en perspective des expériences littéraires de Kateb Yacine, d’Assia Djebar, de Rachid Boudjedra, de Kamel Daoud et de Boualem Sansal, expériences vécues en tant qu’épreuves, révèle que si la reconnaissance littéraire, est souvent pensée en tant qu’affaire de talent, de don, de génie, elle est, pour un type particulier d’écrivains dits de la francophonie, aussi - surtout ? - affaire de tensions, de rapports de force, en vérité de pouvoir.











Réagir